EXCERPTS
english
The Case of Dr. Sachs
When I was a child, I firmly believed that any catastrophe I could think up (my father's death in a car accident, for instance) was far less likely to happen if I imagined it down to the last detail. Real catastrophes -ones that would actually come to pass- would be the ones I hadn't foreseen. One year, at medical school, I proofread a medical textbook edited by one of my professors. I reread the whole thing from beginning to end, night and day over a period of weeks, except during training stints. (I'd already finished my course work at the time.) The description of all the illnesses in the catalog passed before my eyes, and I got the idea that if I memorized the symptoms of every fatal disorder, and if I recited them regularly in my mind, that would immunize me against them. Much later, I came to understand that the disorders in textbooks are themselves only artifacts produced by an arbitrary system. In the real world, people don't die the way it says in medical books.
(from The Case of Dr. Sachs, translated by Linda Asher, with permission from Seven Stories Press, 2000)
french
La Maladie de Sachs
Quand j'étais enfant, je croyais dur comme fer que toutes les catastrophes que j'imaginais (la mort de mon père dans un accident de voiture, par exemple) avaient d'autant moins de probabilité de se produire que je les imaginais dans les moindres détails. Les vraies catastrophes, celles qui se produiraient, seraient celles que je n'aurais pas prévues. Une année, en fac, j'ai corrigé les coquilles d'un traité de médecine, coordonné par un de mes profs. J'ai tout relu, d'un bout à l'autre, pendant des semaines, nuit et jour, sauf pendant les stages. (Je n'allais déjà plus en cours, à l'époque.) La description de toutes les maladies répertoriées m'est passée devant les yeux, et j'ai imaginé que si je connaissais les symptômes de toutes les affections mortelles, et si je me les repassais dans la tête régulièrement, ça m'immuniserait contre elles. Bien plus tard, j'ai compris que les maladies des traités ne sont elles-mêmes que le produit d'une systématique arbitraire. Dans la réalité, on ne meurt pas comme dans les livres de médecine.
(from La Maladie de Sachs, with permission from P.O.L., 1998)